Diplomatie économique

VOAMBOLAMENA : l’engagement mérite la une, les résultats devront faire la preuve

À Rabat, la deuxième édition d’une initiative dédiée à l’entrepreneuriat des jeunes Malgaches ouvre une réflexion sur l’efficacité de la coopération africaine. Entre mobilisation diplomatique, engagement associatif et soutien privé, une ambition prend forme. Reste à savoir comment la transformer en entreprises, en emplois et en perspectives durables.

La coopération africaine ne saurait être appréciée à la seule intensité des discours qui l’accompagnent, ni au nombre des manifestations organisées pour en célébrer les vertus. Sa véritable pertinence se mesure à sa capacité de modifier des trajectoires individuelles, de mobiliser des compétences et de produire des opportunités économiques là où subsistent encore trop d’obstacles à l’initiative.

C’est précisément sous cet angle que mérite d’être examinée la deuxième édition du programme VOAMBOLAMENA Challenge, officiellement lancée le 3 octobre 2026 à l’Ambassade de Madagascar à Rabat. Derrière une manifestation aux apparences protocolaires se dessine une démarche qui pourrait contribuer à faire évoluer la place des étudiants et jeunes diplômés malgaches installés au Maroc : non plus seulement bénéficiaires d’une formation universitaire, mais acteurs potentiels d’une coopération économique appelée à se prolonger au-delà de leurs études.

Encore faut-il que cette ambition résiste à l’épreuve de la réalité.

Car l’Afrique ne manque ni de jeunes diplômés, ni d’intelligence créative, ni de projets prometteurs. Ce qui lui fait trop souvent défaut, ce sont les mécanismes capables de relier les compétences aux ressources financières, les idées aux marchés et les talents aux réseaux professionnels indispensables à leur épanouissement.

L’intérêt de VOAMBOLAMENA réside justement dans sa volonté déclarée d’agir sur ces articulations fragiles. Sa crédibilité dépendra désormais de sa capacité à les consolider.

Une ambassade qui élargit le champ de l’action diplomatique

L’implication de l’Ambassade de Madagascar au Maroc constitue l’une des dimensions les plus significatives de cette initiative. Sous l’impulsion de l’ambassadeur Joahary Ratovondrahona, la représentation diplomatique apporte son appui à une démarche tournée vers l’entrepreneuriat, l’insertion professionnelle et la valorisation du capital humain malgache.

Cet engagement mérite d’être souligné, non pour satisfaire aux usages de la courtoisie diplomatique, mais parce qu’il traduit une conception de la mission d’une ambassade qui dépasse les fonctions traditionnelles de représentation.

Dans un environnement international où la diplomatie économique occupe une place croissante, les représentations diplomatiques peuvent devenir des espaces de convergence entre les institutions, les entreprises, les associations et les nouvelles générations.

L’ambassade apparaît ici comme un facilitateur, capable de rapprocher des acteurs qui, individuellement, disposent de ressources intéressantes mais dont l’efficacité collective demeure conditionnée par leur coordination.

Le choix d’accueillir et de soutenir une deuxième édition témoigne également d’une volonté de continuité. Or cette continuité est essentielle : nombre d’initiatives consacrées à la jeunesse africaine souffrent moins d’un déficit d’enthousiasme initial que d’une insuffisance de suivi dans la durée.

Il faut ainsi reconnaître à l’Ambassade de Madagascar le mérite d’accompagner une action dont la finalité revendiquée est concrète. Cette mobilisation gagnerait toutefois en portée si elle contribuait, à terme, à institutionnaliser des passerelles entre les porteurs de projets, les structures marocaines d’accompagnement entrepreneurial et les acteurs économiques malgaches.

L’enjeu n’est pas simplement de soutenir un concours, mais de contribuer à faire émerger un environnement favorable à la création d’activités durables.

Une première édition encourageante, mais encore insuffisante pour mesurer l’impact

L’analyse de cette deuxième édition ne peut ignorer les enseignements de la précédente.

Clôturée le 1er novembre 2025 au Technopark de Casablanca, la première édition avait réuni dix équipes finalistes autour d’un exercice de présentation de projets devant un jury. Trois initiatives avaient été distinguées : Cocoon Fly, grand lauréat, NGITA BIO, récompensé pour l’innovation et l’impact, et MADAGASIKARANO, bénéficiaire du coup de cœur du jury.

Ces distinctions attestent d’une capacité réelle à mobiliser des participants et à faire émerger des propositions entrepreneuriales.

Elles ne suffisent cependant pas à établir que le programme a produit les transformations économiques auxquelles il aspire.

Que sont devenus ces projets ? Ont-ils franchi les étapes de leur formalisation juridique ? Ont-ils obtenu des financements ? Ont-ils développé une clientèle, créé des emplois ou noué des partenariats commerciaux ?

Ces interrogations n’enlèvent rien aux efforts consentis. Elles constituent, au contraire, les questions essentielles auxquelles tout dispositif sérieux d’accompagnement entrepreneurial doit progressivement apporter des réponses.

La première réussite d’un programme de ce type consiste à révéler des talents. La seconde, infiniment plus exigeante, consiste à leur permettre de survivre aux contraintes du marché.

Et c’est cette seconde réussite qui devrait désormais devenir le véritable critère d’évaluation de VOAMBOLAMENA.

Quinze à vingt projets : le pari de la qualité plutôt que du nombre

Pour sa deuxième édition, le programme prévoit d’accompagner entre quinze et vingt porteurs de projets, parmi lesquels des étudiants en fin de cycle, des doctorants et de jeunes diplômés.

Ce choix d’un effectif volontairement limité mérite une attention particulière.

Dans un contexte où les initiatives destinées à la jeunesse cherchent parfois à valoriser leur succès par le nombre de bénéficiaires annoncés, privilégier un accompagnement personnalisé peut constituer une approche pertinente.

Le dispositif présenté par Khalid El Housni, coordinateur du programme, repose sur plusieurs composantes complémentaires : formation intensive, initiation à l’étude de marché, prototypage, développement des compétences relationnelles et managériales, coaching individuel, mentorat, consolidation des projets et présentation finale devant un jury.

L’implication de Mouna Rhalimi et du projet Elevate Now Academy dans l’accompagnement pédagogique apporte également une dimension de transmission des compétences.

La cohérence de cette architecture est réelle. Mais sa valeur dépendra de la qualité effective des interventions, de leur adaptation aux besoins des participants et de la continuité de l’accompagnement.

Un jeune entrepreneur peut apprendre à défendre brillamment son idée en quelques minutes sans pour autant disposer des moyens nécessaires pour créer et développer son entreprise.

Savoir convaincre un jury ne signifie pas automatiquement savoir affronter un marché.

Il serait donc pertinent que le programme accorde une attention particulière à la viabilité économique des projets, à l’identification des clients potentiels, à la réglementation applicable et aux conditions d’accès au financement.

La qualité de l’accompagnement ne devrait pas seulement se mesurer aux compétences acquises pendant la formation, mais aussi à leur utilisation effective après la clôture du programme.

INTELCIA, la diaspora et TSINGY Maroc : une responsabilité partagée

L’une des particularités de VOAMBOLAMENA réside dans la diversité des acteurs mobilisés.

Le soutien d’INTELCIA Maroc, partenaire privé et sponsor de cette édition, témoigne de l’intérêt que peut présenter une coopération entre le monde de l’entreprise et les initiatives entrepreneuriales portées par la jeunesse africaine.

Cette participation mérite d’être encouragée. Elle appelle également une réflexion sur la nature du partenariat entre les entreprises établies et les jeunes porteurs de projets.

L’appui financier constitue une première contribution. Mais l’accès à l’expertise professionnelle, aux réseaux commerciaux, aux conseils en gestion et aux opportunités de collaboration pourrait produire une valeur ajoutée autrement plus durable.

Le rôle de la diaspora malgache au Maroc et de l’association TSINGY Maroc mérite une reconnaissance comparable.

Créée en 2006, cette dernière accompagne les étudiants et stagiaires malgaches, en cherchant notamment à faciliter leur intégration et leur insertion.

À travers VOAMBOLAMENA, l’association participe à une démarche qui élargit son champ d’intervention : accompagner les jeunes dans leur parcours académique, mais également les aider à envisager leur avenir professionnel sous l’angle de la création de valeur.

La diaspora possède, à cet égard, un potentiel souvent insuffisamment exploité. Elle peut faciliter les mises en relation, transmettre une connaissance des environnements économiques et contribuer à rapprocher des marchés qui demeurent parfois éloignés malgré les discours favorables à l’intégration africaine.

Toutefois, la mobilisation de ces différents partenaires soulève une question fondamentale : comment organiser une complémentarité durable entre leurs contributions ?

La répartition des responsabilités, la disponibilité des mentors, le suivi des bénéficiaires et l’accompagnement après la compétition devraient être suffisamment structurés pour éviter que cette mobilisation collective ne s’épuise avec l’événement.

Maroc–Madagascar : transformer la mobilité universitaire en coopération productive

Au-delà de sa dimension entrepreneuriale, VOAMBOLAMENA interroge une réalité plus vaste : celle de la circulation des compétences entre pays africains.

Le Maroc accueille des étudiants malgaches qui y acquièrent des connaissances, développent des relations professionnelles et découvrent un environnement économique différent de celui de leur pays d’origine.

Cette expérience représente un capital humain considérable.

Mais comment faire en sorte que ce capital ne demeure pas uniquement individuel ?

Comment permettre aux compétences acquises au Maroc de contribuer au développement économique de Madagascar, tout en favorisant de nouvelles relations entre les acteurs économiques des deux pays ?

L’une des perspectives les plus intéressantes du programme serait précisément de permettre l’émergence de projets à vocation bilatérale, capables de répondre à des besoins identifiés et de bénéficier des complémentarités entre les deux environnements.

La coopération Sud-Sud prendrait ainsi un sens directement observable : transfert de compétences, création de réseaux, accès à de nouveaux débouchés et circulation de solutions entrepreneuriales.

Cette orientation pourrait également renouveler la manière d’aborder la mobilité des étudiants africains.

Il ne s’agirait plus de poser systématiquement la question en termes de départ ou de retour au pays, mais de réfléchir aux différentes formes de contribution économique possibles à partir des connaissances et des relations acquises.

Un entrepreneur malgache installé au Maroc peut contribuer au développement de Madagascar sans que son activité soit nécessairement localisée sur le territoire malgache. Inversement, un projet développé à Madagascar peut entretenir des relations commerciales, technologiques ou professionnelles avec le Maroc.

C’est cette capacité de connexion qui pourrait donner à VOAMBOLAMENA une portée dépassant le cadre d’un programme de formation.

De l’enthousiasme aux indicateurs : les résultats qui feront la différence

La deuxième édition ouvre désormais une phase décisive.

Les documents présentés lors du lancement exposent les ambitions pédagogiques, le nombre prévisionnel de participants et les principaux mécanismes d’accompagnement. Ils ne détaillent toutefois pas de manière suffisamment précise les moyens financiers prévus pour la création effective des entreprises, les critères de suivi après la formation ou les indicateurs permettant d’évaluer leur pérennité.

Cette absence d’informations ne préjuge pas de l’existence de tels dispositifs. Elle indique néanmoins les éléments qui mériteraient d’être clarifiés et rendus publics.

À moyen terme, plusieurs résultats permettraient d’apprécier objectivement la contribution du programme : la proportion de projets effectivement lancés, le nombre d’entreprises formalisées, les financements mobilisés, les partenariats conclus, les emplois créés et la capacité des activités à se maintenir après leur lancement.

Un suivi à six mois, puis à douze mois, apporterait des enseignements particulièrement utiles.

Il serait également intéressant d’examiner la diversité sectorielle des projets retenus, leur potentiel d’innovation et leur capacité à répondre à des besoins économiques ou sociaux clairement identifiés.

L’objectif ne devrait pas être de transformer cette initiative en une compétition de statistiques, mais de lui donner les moyens de comprendre ses propres réussites et ses éventuelles limites.

Car l’évaluation n’est pas une sanction. Elle constitue un instrument de progrès, particulièrement indispensable lorsqu’une initiative ambitionne de devenir pérenne.

Le soutien médiatique ne dispense pas de l’exigence de résultats

Pour Le Nouveau Monde Diplomatique, accompagner médiatiquement une initiative de cette nature répond à une conviction éditoriale : les efforts destinés à renforcer les compétences, l’entrepreneuriat et la coopération entre pays africains méritent une visibilité à la hauteur de leurs ambitions.

La mobilisation de l’Ambassade de Madagascar, l’engagement des associations de la diaspora, l’investissement des responsables pédagogiques et la participation d’un partenaire privé constituent des raisons légitimes d’accorder une attention particulière à VOAMBOLAMENA.

Mais le soutien médiatique ne saurait se confondre avec une adhésion automatique à tous les objectifs annoncés.

Informer consiste aussi à interroger, à observer les évolutions et à apprécier les résultats.

En choisissant de mettre en lumière cette deuxième édition, notre publication entend reconnaître les efforts engagés tout en maintenant une attente claire quant à leur traduction concrète.

Cette position relève d’une conception exigeante du journalisme : valoriser ce qui mérite de l’être, sans renoncer à poser les questions qui permettent de mesurer la portée réelle des engagements.

Il serait particulièrement intéressant de revenir, à l’issue de cette édition, sur le parcours des participants, l’évolution des projets distingués lors de la première promotion et les perspectives effectivement ouvertes par les partenariats mobilisés.

Une telle démarche donnerait à la médiatisation de VOAMBOLAMENA une utilité supplémentaire : contribuer à inscrire le programme dans une culture de transparence, d’évaluation et de continuité.

La diplomatie des initiatives à l’épreuve de leur héritage

À travers VOAMBOLAMENA, l’Ambassade de Madagascar au Maroc apporte son concours à une expérience dont l’intérêt dépasse le cercle de ses bénéficiaires immédiats.

Elle participe à une dynamique dans laquelle la diplomatie, les associations et le secteur privé cherchent à conjuguer leurs efforts autour d’un objectif commun : permettre à une nouvelle génération de transformer ses connaissances en capacités d’action.

Cette convergence mérite d’être saluée et soutenue. Elle gagnerait désormais à s’accompagner d’une ambition supplémentaire : faire de cette initiative un dispositif dont les résultats puissent être identifiés, suivis et, le cas échéant, reproduits.

L’Afrique dispose d’un potentiel entrepreneurial abondamment célébré. Ce dont elle a besoin, ce sont des passerelles fiables entre ce potentiel et les réalités économiques.

L’Ambassade de Madagascar a choisi d’accompagner une démarche qui cherche à construire l’une de ces passerelles. Les partenaires ont accepté de contribuer à son édification. Les jeunes sont désormais invités à la franchir.

Le mérite de l’initiative justifie aujourd’hui sa visibilité médiatique. Sa capacité à produire des entreprises viables, des emplois et des coopérations durables déterminera demain sa véritable portée.

Car une initiative ne devient pas exemplaire par la seule noblesse de ses intentions, mais par la réalité de ce qu’elle laisse derrière elle.

 

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