Diplomatie culturelle
Assilah 2026 : quand les grandes voix du monde se donnent rendez-vous au bord de l’Atlantique

Assilah n’invite pas seulement des personnalités. Elle réunit des trajectoires, des expériences, des sensibilités et des regards venus de plusieurs continents pour les confronter aux grandes interrogations d’un monde en pleine recomposition. Pour sa session d’automne, ouverte le 2 octobre et appelée à se poursuivre jusqu’au 18 octobre 2026, le 47e Moussem culturel international confirme cette vocation singulière : faire d’une petite ville atlantique marocaine un espace où la pensée internationale trouve le temps de l’écoute, de la contradiction et du dialogue.
Plus de 400 personnalités issues de la diplomatie, de la recherche, de la culture, des arts, des lettres et des médias sont annoncées pour cette édition organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et placée sous le thème « Assilah… terre de rencontres et du dialogue ».
Derrière ce chiffre, impressionnant par son ampleur, se dessine surtout une géographie humaine particulièrement riche. Dès les premières journées, consacrées aux enjeux énergétiques et hydriques en Afrique et à l’émergence d’une nouvelle géopolitique autour des projets stratégiques, Assilah a réuni des personnalités dont les parcours permettent de croiser les expériences africaines, européennes, arabes et internationales.
Parmi elles figure Romano Prodi, ancien président du Conseil italien et ancien président de la Commission européenne, dont la présence apporte au débat l’expérience d’un homme ayant observé, depuis les plus hautes responsabilités européennes, les transformations des rapports entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. À ses côtés, Moussa Faki Mahamat, ancien président de la Commission de l’Union africaine, incarne plusieurs années d’expérience au cœur des grands dossiers institutionnels et diplomatiques du continent.
Autre figure familière des grands espaces de médiation internationale, Miguel Ángel Moratinos, ancien ministre espagnol des Affaires étrangères et haut responsable des Nations unies au sein de l’Alliance des civilisations, retrouve à Assilah un territoire qu’il connaît bien : celui du dialogue entre cultures, des passerelles entre les deux rives de la Méditerranée et de la recherche de langages communs dans un environnement international de plus en plus fragmenté. Sa présence revêt cette année une dimension particulière, puisqu’il a également tenu, aux côtés de responsables de la Fondation et de l’universitaire et analyste Francis Kpatindé, à rendre hommage à la mémoire de Mohamed Benaïssa, fondateur du Forum d’Assilah, disparu en 2025.
L’Afrique de l’Ouest et le Maghreb trouvent également leur place dans cette mosaïque intellectuelle. Abdou Karim Fofana, ancien ministre sénégalais du Commerce, de la Consommation et des PME, ainsi que Sidi Mohamed Ould Boubacar, ancien Premier ministre mauritanien, participent à cette séquence de réflexion. Le Maroc est notamment représenté dans les débats par Hassan Abouyoub, ancien ministre et diplomate, dont le parcours a été étroitement lié aux questions économiques, commerciales et internationales.
Mais réduire les invités d’Assilah à leurs anciennes fonctions politiques ou diplomatiques serait passer à côté de l’identité profonde du Moussem. Car Assilah a précisément construit sa singularité sur la rencontre des univers. Le décideur y croise l’écrivain ; le diplomate, l’artiste ; l’économiste, le poète ; et le spécialiste de géopolitique, celui qui interroge le monde par la littérature ou la création.
Le programme en apporte une illustration éloquente. La figure de l’historienne et critique d’art Toni Maraini sera au centre d’une rencontre consacrée à son rapport à la scène des arts plastiques marocains les 5 et 6 octobre. L’écrivain tunisien Hassouna Mosbahi fera, le 15 octobre, l’objet d’une rencontre autour de son itinéraire littéraire, tandis que la « Tente de la création » consacrera sa journée du 13 octobre à l’écrivain marocain Moubarak Rabie.
Les livres eux-mêmes deviennent des invités du Forum. Sidi Mohamed Ould Boubacar y présente un ouvrage revenant sur l’expérience de transition diplomatique en Mauritanie ; l’écrivain et journaliste libanais Ismaïl Haïdar propose une plongée dans la mémoire intime d’Assilah ; tandis que l’écrivain et journaliste marocain Driss Ksikes y présente son roman Les Tissus du chaos.
La poésie n’est pas en marge de cette architecture intellectuelle. Elle en constitue l’un des prolongements. La quatrième Rencontre poétique et la huitième édition du Prix Buland Al-Haidari pour les jeunes poètes arabes inscrivent de nouvelles générations de créateurs dans un rendez-vous longtemps fréquenté par certaines des grandes figures de la pensée et de la littérature contemporaines.
Cette diversité dit beaucoup de ce qu’Assilah continue de représenter après près d’un demi-siècle d’existence. Le prestige de ses invités tient naturellement aux fonctions qu’ils ont exercées ou à la reconnaissance acquise dans leurs domaines respectifs. Mais la valeur du Forum réside ailleurs : dans sa capacité à déplacer ces personnalités hors des cadres institutionnels classiques et à les réunir dans une ville qui a fait du dialogue une partie de son identité.
À Assilah, l’ancien chef de gouvernement n’est plus seulement l’homme d’État, pas plus que le diplomate n’est réduit au protocole ou l’écrivain à son œuvre. Chacun devient une voix parmi d’autres dans une conversation plus large sur l’Afrique, le monde arabe, la Méditerranée, l’eau, l’énergie, les mutations géopolitiques, les arts, la mémoire et les nouvelles formes de création.
C’est peut-être là que réside, en définitive, le véritable prestige des invités du Moussem d’Assilah : moins dans l’addition de noms connus que dans la qualité du dialogue qu’ils rendent possible.
En octobre 2026, Assilah redevient ainsi ce qu’elle a patiemment choisi d’être depuis des décennies : non pas une capitale administrative de plus, mais une capitale provisoire de la conversation internationale, où le monde accepte, quelques jours durant, de venir réfléchir au bord de l’Atlantique.



