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Grand Casablanca : l’ONCF engage le rail dans une nouvelle dimension métropolitaine

INFRASTRUCTURES · MOBILITÉ · DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Vingt milliards de dirhams d’investissement, trois grandes gares de nouvelle génération, dix nouvelles gares de proximité et 260 kilomètres de voies ferrées : un an après son lancement par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le programme ferroviaire du Grand Casablanca entre dans une phase déterminante. Derrière l’ampleur des chantiers engagés par l’Office National des Chemins de Fer se dessine une transformation profonde des mobilités, appelée à redéfinir les équilibres urbains, économiques et territoriaux de la première métropole du Royaume.

Le développement du Grand Casablanca place désormais la question des mobilités au cœur de ses ambitions économiques et territoriales. L’expansion continue de la métropole, l’émergence de nouveaux pôles d’activité, le développement des infrastructures aéroportuaires et les perspectives ouvertes par les grands rendez-vous internationaux imposent une évolution majeure des réseaux de transport. C’est précisément à cette équation que répond le vaste programme ferroviaire dont Sa Majesté le Roi Mohammed VI a donné le coup d’envoi le 24 septembre 2025.

Un an plus tard, le communiqué publié par l’Office National des Chemins de Fer, le 28 septembre 2026, fait état de l’engagement effectif des principales composantes du programme. Les travaux des trois grandes gares de nouvelle génération progressent selon les calendriers établis, tandis que les chantiers des dix nouvelles gares métropolitaines de proximité sont également lancés.

Cette évolution marque le passage d’une programmation stratégique à sa traduction opérationnelle. Elle met notamment en évidence la responsabilité qui incombe à l’ONCF dans la conduite simultanée d’infrastructures interdépendantes, dont la cohérence conditionnera, à terme, la performance du futur réseau métropolitain.

Avec une enveloppe de 20 milliards de dirhams pour le Grand Casablanca, intégrée à un programme national de transformation ferroviaire mobilisant 96 milliards de dirhams à l’horizon 2030, l’investissement engagé témoigne de la place accordée au rail dans les nouvelles orientations de mobilité du Royaume. Son importance ne réside cependant pas uniquement dans son volume financier. Elle tient également à la nature des transformations envisagées, qui associent transport de proximité, grande vitesse, desserte aéroportuaire et interconnexion avec les autres modes de déplacement.

L’architecture de ce programme révèle une approche intégrée de la mobilité. La construction de 260 kilomètres de nouvelles voies ferrées, la réalisation ou l’élargissement de 50 ouvrages d’art, la mise en place de deux technicentres et de cinq centres de maintenance, ainsi que l’acquisition programmée de 48 nouveaux trains destinés aux services régionaux et de proximité, constituent les différentes composantes d’un dispositif conçu pour accroître la capacité du réseau et accompagner durablement la croissance métropolitaine.

Pour l’ONCF, le défi consiste à assurer la convergence de ces investissements, tout en maîtrisant les impératifs techniques, les délais de réalisation et les futures conditions d’exploitation. La réussite d’un tel programme reposera autant sur la livraison des infrastructures que sur leur capacité à fonctionner comme les composantes d’un même système de transport.

La construction des trois grandes gares de Casablanca-Sud, de l’Aéroport Mohammed V et du Grand Stade Hassan II constitue, à cet égard, l’une des dimensions les plus structurantes du programme. Ces infrastructures, dont la durée de réalisation annoncée est de 24 mois chacune, répondent à des fonctions complémentaires, associant la mobilité quotidienne aux déplacements nationaux et internationaux.

La future gare Casablanca-Sud occupera une place centrale dans cette organisation. Dotée de six quais et de dix voies ferrées, elle accueillera les trains à grande vitesse Al Boraq, les trains grandes lignes ainsi que les services régionaux et de proximité. Sa particularité résidera dans son articulation directe avec le tramway, le bus à haut niveau de service et les réseaux de bus et de taxis.

Cette configuration répond à l’un des enjeux fondamentaux des grandes métropoles contemporaines : permettre au voyageur de passer d’un mode de transport à un autre dans des conditions de continuité, de fluidité et de lisibilité. La gare ne sera plus uniquement un lieu d’arrivée ou de départ, mais une plateforme d’échanges autour de laquelle pourront s’organiser les déplacements à différentes échelles.

La gare de l’Aéroport Mohammed V s’inscrit, pour sa part, dans une logique d’intégration territoriale et économique. Directement reliée au terminal aéroportuaire, tout en disposant d’un accès indépendant côté ville, elle contribuera à rapprocher le pôle Casablanca-Nouaceur des principaux centres urbains et économiques de la métropole.

Avec quatre quais et sept voies, dont deux réservées à la ligne classique, deux à la grande vitesse et trois au service Aéroexpress, cette infrastructure associera plusieurs catégories de déplacements au sein d’un même équipement. Elle traduit la volonté de renforcer la complémentarité entre le transport ferroviaire et le transport aérien, une condition importante pour l’accessibilité internationale de Casablanca et pour l’attractivité de son environnement économique.

À Benslimane, la future gare du Grand Stade Hassan II présente une autre dimension stratégique. Conçue pour accompagner les flux générés par les grandes manifestations, notamment dans la perspective de la Coupe du Monde 2030, elle aura également vocation à desservir les nouveaux pôles urbains appelés à se développer autour de cette infrastructure sportive.

Sa configuration, prévoyant deux quais et quatre voies destinés aux trains à grande vitesse lors des grands événements, ainsi que cinq quais et six voies réservés aux trains de proximité, illustre cette double orientation. Au-delà des impératifs événementiels, l’enjeu sera d’inscrire cet investissement dans les besoins permanents de mobilité, en renforçant les connexions entre Benslimane et différentes communes des régions de Casablanca et de Rabat.

C’est précisément cette articulation entre l’événementiel et les usages quotidiens qui donnera toute sa portée territoriale à l’équipement. Les infrastructures réalisées dans la perspective des grandes échéances internationales présentent un intérêt durable lorsqu’elles répondent également aux besoins des populations et accompagnent l’évolution des territoires.

L’autre transformation majeure engagée par l’ONCF concerne le développement des Trains Métropolitains de Proximité. Les travaux des dix nouvelles gares, implantées à Mohammedia Facultés, Zenata Zone Industrielle, Zenata Ville Nouvelle, Sidi Bernoussi, Aïn Sebaâ, Hay Mohammadi, Mers Sultan, Casa Oasis, Sidi Maârouf et Nouaceur Nouvelle Ville, sont désormais engagés.

La répartition géographique de ces infrastructures traduit une volonté d’étendre la desserte ferroviaire aux principaux bassins de vie et d’activité. Elle répond à une réalité métropolitaine marquée par l’éloignement croissant entre certains lieux de résidence et les pôles d’emploi, ainsi que par la multiplication des déplacements entre le centre de Casablanca, ses périphéries industrielles et les nouvelles zones urbaines.

En rapprochant le train des quartiers résidentiels, des établissements universitaires et des zones économiques, le programme pourrait contribuer à réorganiser les habitudes de déplacement, à réduire certaines contraintes d’accessibilité et à renforcer les échanges entre les différentes composantes de la métropole.

Les dix nouvelles gares seront réalisées selon un programme architectural commun, associant fluidité des parcours, espaces d’accueil, dispositifs de vente, salles d’attente et équipements techniques et de sécurité. Cette homogénéité constitue un élément important pour la lisibilité du réseau et la qualité de l’expérience des voyageurs.

Le programme prévoit également la requalification de cinq gares existantes. Cette composante, qui complète la création de nouvelles infrastructures, rappelle que la transformation ferroviaire ne saurait se limiter à l’extension du réseau. Elle suppose aussi la modernisation des équipements déjà en exploitation, afin de garantir une cohérence fonctionnelle entre les anciennes et les nouvelles installations.

L’effort consenti par l’ONCF s’inscrit ainsi dans une vision plus large de l’aménagement du territoire. Le rail devient un outil susceptible d’accompagner la redistribution des activités économiques, de soutenir le développement des nouveaux pôles urbains et de renforcer la complémentarité entre Casablanca et son environnement régional.

Cette ambition soulève toutefois plusieurs exigences opérationnelles. La multiplication des gares et l’extension des infrastructures devront s’accompagner d’une offre de transport adaptée aux rythmes de la vie métropolitaine, d’une coordination efficace avec les réseaux urbains et de conditions d’accès répondant aux attentes des usagers. La qualité des correspondances, la fréquence des dessertes, la régularité des circulations et la maîtrise des coûts d’exploitation seront déterminantes pour transformer les investissements réalisés en avantages concrets pour les voyageurs.

Le programme présenté par l’ONCF ne détaille pas encore l’ensemble de ces paramètres d’exploitation. Ils constitueront néanmoins des éléments essentiels pour apprécier, à terme, les effets réels de la transformation engagée.

Sur le plan environnemental, le renforcement du transport ferroviaire ouvre également des perspectives importantes. Une offre de proximité accessible, régulière et correctement articulée avec les autres transports collectifs pourrait encourager le report d’une partie des déplacements routiers vers le rail. Les bénéfices environnementaux dépendront toutefois de la fréquentation effective du futur réseau, des habitudes de mobilité et de la capacité des différents opérateurs à proposer des parcours véritablement intégrés.

À travers la conduite simultanée de ces grands chantiers, l’Office National des Chemins de Fer assume une mission dont les implications dépassent largement son périmètre traditionnel d’intervention. Il lui appartient désormais de faire converger ingénierie ferroviaire, développement territorial, modernisation des équipements et évolution des services aux voyageurs.

Les avancées annoncées un an après le lancement royal témoignent de la mobilisation de l’Office dans la mise en œuvre de cette transformation. Elles ouvrent également une phase au cours de laquelle le respect des calendriers, la coordination des différents chantiers et la préparation des futures conditions d’exploitation devront faire l’objet d’une attention constante.

À l’horizon 2030, Casablanca disposera ainsi, si les objectifs du programme sont atteints, d’une architecture ferroviaire profondément renouvelée. L’enjeu ne sera pas seulement de transporter davantage de voyageurs, mais de modifier durablement la manière dont la métropole fonctionne, se développe et se connecte à son environnement national et international.

Pour l’ONCF, la transformation du Grand Casablanca constitue donc un défi industriel, territorial et organisationnel majeur. Sa portée se mesurera, au-delà de l’ampleur des investissements et de la modernité des infrastructures, à sa capacité à faire du rail un instrument quotidien de mobilité, d’intégration urbaine et de développement économique.