Maroc
KAFAA : Au-delà des certificats, où est la véritable réforme du capital humain touristique ?

Chaque année, le secteur touristique marocain célèbre de nouveaux chiffres, de nouveaux records et, désormais, de nouvelles cérémonies de remise de certificats. Cette année encore, plus de 6 000 professionnels ont été certifiés dans le cadre du programme KAFAA, tandis qu’une troisième édition vient d’être lancée. Sur le papier, l’initiative semble exemplaire. Mais une question essentielle mérite d’être posée : cette certification transforme-t-elle réellement la vie des professionnels ou s’agit-il simplement d’un rendez-vous institutionnel de plus inscrit dans l’agenda officiel ?
Reconnaître les compétences acquises sur le terrain constitue, sans aucun doute, une démarche louable. Des milliers de femmes et d’hommes travaillent depuis des années dans les hôtels, les restaurants, les agences de voyages, les maisons d’hôtes ou encore les métiers de l’animation sans avoir bénéficié d’une reconnaissance officielle de leur expérience. Leur offrir une certification représente une avancée symbolique importante.
Cependant, la véritable valeur d’un certificat ne réside pas dans le document remis lors d’une cérémonie officielle. Elle réside dans ce qu’il produit concrètement après la cérémonie.
Le titulaire d’une certification KAFAA voit-il son salaire progresser ? Obtient-il plus facilement une promotion ? Son contrat devient-il plus stable ? Ses conditions de travail s’améliorent-elles ? Les employeurs sont-ils réellement incités à valoriser cette certification dans leur politique de recrutement et de rémunération ?
À ce jour, ces questions demeurent largement sans réponses.
Le tourisme repose avant tout sur son capital humain. Les infrastructures, les investissements, les hôtels de luxe ou les campagnes de promotion internationale ne peuvent remplacer la qualité de l’accueil, le professionnalisme des équipes et la motivation des femmes et des hommes qui représentent quotidiennement l’image du Maroc auprès des visiteurs.
Or, beaucoup de professionnels du secteur continuent d’évoluer dans une réalité bien différente de celle décrite dans les communiqués officiels. Les emplois saisonniers restent nombreux. La précarité demeure une réalité pour une partie importante des travailleurs. Les perspectives d’évolution professionnelle restent limitées dans plusieurs métiers. Les jeunes quittent parfois le secteur faute d’attractivité, tandis que les établissements peinent à fidéliser leurs meilleurs éléments.
Dans ce contexte, la certification constitue un outil, mais certainement pas une politique à elle seule.
Le lancement d’une troisième édition de KAFAA démontre une volonté de poursuivre l’effort engagé. Encore faut-il que cette dynamique s’accompagne d’une véritable stratégie de valorisation des ressources humaines.
Former est indispensable.
Certifier est utile.
Mais fidéliser les compétences, améliorer les conditions sociales, renforcer la protection professionnelle, instaurer des perspectives de carrière et faire de la qualification un véritable levier de progression constituent les véritables défis.
Le risque serait que KAFAA devienne progressivement une belle vitrine institutionnelle, ponctuée de cérémonies, de photographies officielles et de statistiques encourageantes, sans produire de changement profond dans le quotidien des professionnels.
Le Maroc affiche aujourd’hui des ambitions touristiques particulièrement élevées. Les performances enregistrées en matière d’arrivées internationales démontrent le potentiel exceptionnel de la destination Maroc. Pourtant, cette réussite ne pourra être durable que si ceux qui accueillent les visiteurs bénéficient eux aussi d’une véritable reconnaissance, non seulement symbolique, mais également économique, sociale et professionnelle.
La réussite d’un programme ne se mesure pas uniquement au nombre de certificats délivrés.
Elle se mesure à la capacité de transformer durablement une profession, de redonner de l’attractivité aux métiers du tourisme et de faire du capital humain la première richesse du secteur.
C’est précisément sur ce terrain que KAFAA sera, demain, véritablement jugé.



