Dossiers diplomatiques

10/10 : LA MAROCAINE, DIX SUR DIX, AU SOMMET DE SON HISTOIRE

Du cœur des familles aux plus hautes responsabilités de l’État, la femme marocaine inscrit son empreinte dans l’histoire d’un Royaume qui poursuit sa transformation.

Le 10 octobre 2026 ne ressemble à aucun autre. Cette date, inscrite depuis des années dans la mémoire nationale comme une reconnaissance de la place et des droits de la femme marocaine, acquiert aujourd’hui une résonance historique particulière. Pour la première fois, une femme a été nommée à la tête du gouvernement du Royaume. Une évolution majeure qui invite à regarder, avec profondeur et discernement, le chemin parcouru par les Marocaines et les perspectives qui s’ouvrent désormais devant elles.

Dix sur dix. La formule pourrait sembler empruntée au langage scolaire. Elle prend pourtant, en ce dixième jour du dixième mois, une tout autre dimension. Elle exprime une reconnaissance, une admiration et, surtout, une conviction : la femme marocaine n’a jamais attendu qu’on lui attribue une note pour démontrer sa valeur. Elle l’a inscrite dans le quotidien de la nation, dans la transmission de ses valeurs, dans ses combats silencieux, dans ses réalisations et dans son aptitude à conjuguer fidélité à ses racines et conquête de nouveaux horizons.

Une nation portée par ses femmes

L’histoire du Maroc ne saurait être pleinement racontée sans celle de ses femmes. Elles ont accompagné ses transformations, préservé sa mémoire et contribué à façonner son identité. Des femmes de la résistance aux pionnières de l’enseignement, des artisanes des campagnes aux chercheuses des laboratoires, des mères de famille aux dirigeantes d’entreprise, elles ont constamment participé à l’édification d’un pays dont elles constituent l’une des forces essentielles.

Il serait néanmoins réducteur de ne mesurer leur contribution qu’à travers leurs réussites professionnelles ou leur accession aux responsabilités publiques.

La mère qui élève ses enfants, l’épouse qui partage les responsabilités familiales, la femme rurale qui travaille la terre, l’enseignante qui transmet le savoir, l’infirmière qui veille sur les malades, l’entrepreneure qui crée des emplois et la diplomate qui représente son pays participent, chacune à sa manière, à une même œuvre collective.

Le mérite de la femme marocaine réside précisément dans cette pluralité de trajectoires. Il ne se limite ni à une fonction, ni à un diplôme, ni à une position sociale. Il s’exprime dans la capacité de chacune à agir, à entreprendre, à transmettre et à faire évoluer son environnement.

La reconnaissance de son rôle au sein de la famille ne doit cependant pas conduire à considérer que l’éducation des générations ou la cohésion du foyer relèvent de sa seule responsabilité. Une société véritablement équilibrée se construit sur le partage des devoirs autant que sur l’égalité des droits.

Le 10 octobre, une date inscrite dans la vision réformatrice du Royaume

Le choix du 10 octobre comme Journée nationale de la femme marocaine s’inscrit dans une trajectoire de réformes impulsée sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Cette date renvoie notamment au discours royal du 10 octobre 2003, qui annonçait les grandes orientations de la réforme du Code de la famille, consacrée en 2004. Ce tournant a ouvert une nouvelle étape dans la reconnaissance juridique des droits des femmes et dans la redéfinition des responsabilités au sein de la cellule familiale.

Au-delà de sa portée législative, cette réforme traduisait une conception du développement national dans laquelle l’émancipation des femmes ne pouvait être dissociée de la modernisation de la société.

Depuis lors, les progrès enregistrés dans l’éducation, la représentation institutionnelle, l’entrepreneuriat et l’accès aux fonctions de responsabilité ont progressivement modifié les équilibres traditionnels.

Ces transformations n’ont été ni uniformes ni exemptes de difficultés. Elles témoignent néanmoins d’une évolution profonde du regard porté sur la place de la femme dans la construction du Maroc contemporain.

2026, le plafond symbolique du pouvoir exécutif franchi

Le 29 septembre 2026 constitue désormais une date particulière dans l’histoire institutionnelle du Royaume.

En nommant Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du gouvernement et en la chargeant de former le nouvel exécutif, conformément aux dispositions de l’article 47 de la Constitution, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a consacré une étape inédite de la vie politique marocaine.

Pour la première fois, une femme accède à cette responsabilité au sommet de l’architecture gouvernementale.

La portée symbolique de cette nomination dépasse la trajectoire individuelle de sa titulaire. Elle témoigne de l’élargissement des possibilités d’accès des femmes aux plus hautes charges publiques, dans le cadre des mécanismes constitutionnels et des résultats du processus électoral.

Il serait cependant insuffisant de considérer cette évolution comme l’aboutissement définitif d’un long combat.

L’accès d’une femme à la direction du gouvernement représente une avancée dans la visibilité féminine au sommet de l’État. Mais la véritable mesure du progrès résidera également dans la capacité des institutions et des politiques publiques à améliorer durablement les conditions de vie et les perspectives de l’ensemble des Marocaines.

L’histoire retiendra la portée de cette nomination. La société, quant à elle, en appréciera les prolongements à travers les décisions, les réformes et les résultats.

De la reconnaissance symbolique à l’égalité vécue

Célébrer la femme marocaine ne signifie pas détourner le regard des obstacles qui continuent de jalonner son parcours.

Les inégalités territoriales, les difficultés d’accès à l’emploi, la précarité économique, les violences fondées sur le genre et la répartition déséquilibrée des responsabilités domestiques demeurent autant de défis auxquels les politiques publiques doivent apporter des réponses concrètes.

Une diplômée confrontée à l’absence de perspectives professionnelles, une femme rurale éloignée des services essentiels ou une entrepreneure rencontrant des obstacles dans l’accès au financement ne peuvent se satisfaire de la seule valeur des symboles.

La représentativité au sommet doit pouvoir s’accompagner d’une amélioration des opportunités à la base.

C’est précisément dans cette articulation entre reconnaissance et transformation que se situe l’enjeu fondamental de la nouvelle étape.

L’autonomisation économique des femmes, leur accès équitable aux ressources, leur présence dans les instances de décision et la protection effective de leurs droits doivent devenir des dimensions centrales de la performance nationale.

Car une société ne progresse pas pleinement lorsque les talents d’une partie de sa population demeurent inexploités.

Une génération de Marocaines qui refuse les frontières imposées

La jeune Marocaine d’aujourd’hui grandit dans un environnement profondément différent de celui qu’ont connu les générations précédentes.

Elle observe des femmes à la tête d’entreprises, dans les universités, au sein des institutions, dans les sciences, dans les métiers de l’innovation, dans les collectivités territoriales et désormais à la direction du gouvernement.

Ces figures contribuent à élargir son horizon des possibles.

Mais cette transformation ne doit pas installer une nouvelle injonction à la réussite. Toutes les femmes n’aspirent pas aux mêmes parcours et aucune ne devrait voir sa valeur conditionnée à sa capacité de cumuler excellence professionnelle, responsabilités familiales et performance sociale.

Le véritable progrès consiste à permettre à chacune de construire librement sa trajectoire, sans que son origine sociale, son lieu de résidence ou son genre ne déterminent à l’avance les limites de ses ambitions.

Il consiste également à reconnaître les Marocaines qui, loin des projecteurs, accomplissent quotidiennement un travail essentiel à la vie économique et sociale du Royaume.

10/10 : une reconnaissance, mais surtout un engagement

Le dix sur dix que nous attribuons symboliquement à la femme marocaine n’est donc ni une évaluation statistique ni une affirmation selon laquelle tous les combats seraient remportés.

Il est l’expression d’un hommage collectif à sa persévérance, à son intelligence, à sa dignité et à sa contribution au destin national.

Il est aussi une invitation à déplacer le regard : ne plus considérer la promotion des droits des femmes comme une question sectorielle, mais comme une exigence centrale du développement, de la justice sociale et de la modernisation institutionnelle.

Le 10 octobre 2026 restera marqué par cette rencontre singulière entre une date consacrée aux femmes et une évolution historique au sommet de l’exécutif marocain.

La femme marocaine, longtemps reconnue comme le pilier des familles et l’une des forces vives de la société, voit désormais s’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de sa représentation politique.

Mais la grandeur de cette page ne se mesurera pas uniquement à la hauteur de la fonction atteinte. Elle se mesurera à la profondeur des changements qui pourront en découler pour les générations présentes et futures.

En ce 10 octobre, dixième jour du dixième mois, le symbole du 10/10 prend ainsi tout son sens. Non parce que la femme marocaine aurait encore à prouver son excellence, mais parce que le Maroc a aujourd’hui une responsabilité plus grande encore : faire en sorte que la reconnaissance de sa valeur se traduise pleinement dans ses droits, ses libertés et ses possibilités d’avenir.

À toutes les Marocaines, de celles qui construisent dans la discrétion à celles qui assument les plus hautes responsabilités, cet hommage est aussi une promesse : que leurs ambitions trouvent, dans le Maroc de demain, un horizon à leur mesure.

 

 

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