Maroc
AIEM : le pari d’une ingénierie marocaine plus influente et tournée vers l’avenir

À l’heure où le Maroc accélère ses grands chantiers de transformation industrielle, technologique et territoriale, les corps intermédiaires capables de fédérer les compétences et d’accompagner la réflexion stratégique prennent une importance nouvelle. Dans ce contexte, l’Association des Ingénieurs de l’École Mohammadia (AIEM), forte de plus de six décennies d’existence, ouvre aujourd’hui une nouvelle séquence de son histoire avec l’élection d’un nouveau Bureau National présidé par Mohammed Smouni.
Bien au-delà d’un simple renouvellement organisationnel, cette transition apparaît comme une volonté de repositionner l’AIEM dans un environnement en profonde mutation, où les questions de gouvernance, d’innovation, de souveraineté technologique et de compétitivité nationale deviennent centrales. L’enjeu n’est plus uniquement de préserver un héritage prestigieux, mais de transformer un réseau historique d’ingénieurs en véritable force de proposition capable d’interagir avec les grandes dynamiques économiques et sociétales du pays.
Le plan d’action présenté par le nouveau président s’inscrit d’ailleurs dans cette logique d’évolution structurée. L’AIEM entend renforcer son positionnement institutionnel à travers la reconnaissance d’utilité publique, moderniser sa gouvernance interne, revitaliser ses structures régionales et consolider sa présence sur les scènes nationale et internationale. Ces orientations traduisent une ambition claire : faire de l’association un espace d’influence, de réflexion et d’action davantage connecté aux réalités contemporaines.
Dans un Maroc engagé dans des transformations majeures — infrastructures ferroviaires, transition énergétique, digitalisation, industrie verte, intelligence artificielle, gestion des ressources hydriques ou encore souveraineté industrielle — le rôle des ingénieurs ne peut plus être limité à la seule expertise technique. Il implique désormais une capacité à anticiper les mutations, à accompagner les politiques publiques et à nourrir le débat stratégique national. C’est précisément sur ce terrain que l’AIEM semble vouloir renforcer son empreinte.
Le choix d’une gouvernance présentée comme plus agile et plus coordonnée révèle également une prise de conscience des nouveaux défis associatifs. Les grandes organisations professionnelles ne peuvent plus fonctionner selon des schémas classiques déconnectés des attentes des nouvelles générations. La volonté affichée de rapprocher l’association de la communauté des Émistes, d’encourager l’innovation au sein des clubs et de développer des événements à fort impact témoigne d’une recherche de renouvellement et d’ouverture.
L’autre dimension importante réside dans l’attachement renouvelé à l’École Mohammadia d’Ingénieurs elle-même. Dans un contexte international marqué par une concurrence accrue entre établissements, la préservation de l’excellence académique devient un enjeu stratégique. L’AIEM semble vouloir jouer un rôle de trait d’union entre les générations de lauréats, le monde socio-économique et l’institution académique, afin de contribuer au rayonnement continu de l’EMI.
Le nouveau Bureau National mise également sur la diversité générationnelle et professionnelle de ses membres pour construire une dynamique collective fondée sur la solidarité, l’excellence et l’engagement au service du développement du Maroc. Cette approche peut constituer un atout majeur dans une période où les organisations doivent conjuguer expérience, adaptation et vision prospective.
L’Assemblée générale a par ailleurs permis de saluer le travail du bureau sortant présidé par Mme Nawal Sefrioui Gharmili, dont le bilan moral et financier a été favorablement accueilli par les membres de l’association. Une continuité institutionnelle qui donne au nouveau mandat une base solide pour envisager les prochaines étapes.
À travers ce nouveau chapitre, l’AIEM semble surtout vouloir réaffirmer une conviction essentielle : l’ingénierie marocaine ne peut être seulement un savoir-faire technique, mais aussi une intelligence collective capable d’accompagner les grandes ambitions du Royaume.
Le défi sera désormais de transformer cette vision en dynamique durable, capable de fédérer les compétences, d’élargir les partenariats et d’inscrire l’association dans les grands débats qui façonneront le Maroc des prochaines décennies. Une ambition exigeante, mais porteuse de perspectives prometteuses pour cette nouvelle équipe appelée à écrire, avec méthode et lucidité, une nouvelle page de l’histoire de l’AIEM.



